Ils n'existent pas encore officiellement. Ils ont des noms inventés, parfois drôles. Mais derrière chacun d'eux, il y a une réalité très sérieuse, des compétences très concrètes, et pour beaucoup de professionnels de terrain, un reflet troublant de ce qu'ils savent déjà faire.
Le Dico des métiers de demain, le travail remarquable d'Anne-Caroline Paucot disponible sur dicodufutur.org, recense 170 métiers qui n'existent pas encore sous leur forme définitive. L'ambition du projet est claire : nommer ce qui vient pour mieux s'y préparer. Parce que nommer une chose, c'est déjà lui donner de l'espace pour exister.
Parmi ces 170 métiers, cinq méritent l'attention particulière de ceux qui travaillent sur le terrain, avec leurs mains, avec des machines, avec des personnes. Non pas parce qu'ils sont les plus spectaculaires, mais parce qu'ils sont les plus proches de compétences qui existent déjà, ici, maintenant, dans des métiers ordinaires qui ne se voient pas toujours tels qu'ils sont.
Le résilenceur répare ce qui est abîmé et fait tenir ce qui est fragilisé. Il intervient sur des systèmes complexes en état de dégradation, trouve des solutions avec ce qui est disponible, maintient en état de marche ce qui devrait être à l'arrêt.
Le technicien de maintenance industrielle fait ça tous les jours. Il connaît les machines mieux que les notices. Il lit les signes avant-coureurs d'une panne avant qu'elle arrive. Il improvise quand la pièce de rechange n'est pas disponible. Ces capacités, accumulées au fil des années sur le terrain, sont précisément celles que les entreprises vont chercher de plus en plus dans des systèmes industriels et urbains vieillissants qui réclament des gens capables de les maintenir en vie.
Le frugologue conçoit des solutions durables et efficaces avec peu de ressources. Son approche n'est pas celle du low cost : il comprend le besoin dans sa réalité concrète et y répond de la façon la plus simple et la plus juste possible, sans gaspillage, sans surcomplexité.
C'est une logique que connaissent bien les artisans, les compagnons, les ouvriers qualifiés qui ont appris à travailler juste plutôt qu'à travailler vite. Avec les contraintes environnementales et économiques qui s'accentuent, cette façon de faire reprend de la valeur. Les entreprises et les collectivités qui sauront faire plus avec moins seront celles qui résisteront le mieux aux prochaines décennies.
Le bétoculteur convertit les espaces urbains inutilisés en jardins productifs : toits végétalisés, fermes aquaponiques, ruches et poulaillers d'immeuble, marchés de proximité. Il organise la production, assure l'entretien, redistribue les récoltes.
Pour un agent d'espaces verts, un maraîcher, un ouvrier agricole, les gestes de base sont familiers. Ce qui change, c'est le contexte : urbain, contraint, souvent expérimental. C'est une évolution du métier, pas une révolution. Et c'est une évolution portée par une tendance de fond : la demande croissante de production alimentaire locale, de végétalisation des villes, de liens entre agriculture et territoire.
Le froigivilliste évalue les impacts de la chaleur sur un espace urbain, identifie les populations les plus vulnérables, anticipe les pics de température, propose et met en oeuvre des solutions concrètes : végétalisation, revêtements anti-chaleur, dispositifs de refroidissement, sensibilisation des habitants.
Dans certaines villes, ce métier existe déjà sous d'autres noms : technicien en génie climatique, agent de maintenance thermique, coordinateur de plan canicule. Avec le réchauffement climatique qui transforme les étés en crises récurrentes, ces compétences vont devenir stratégiques. Les techniciens CVC, les agents de maintenance de bâtiments, les professionnels des travaux publics ont une longueur d'avance naturelle sur ce terrain.
L'échoueur tire les enseignements de ce qui n'a pas marché pour apprendre à mieux vivre avec l’erreur. Il produit une analyse concrète des dysfonctionnements et la met au service des futurs projets.
C’est sur le terrain que l’on voit les signaux d’alerte en premier. L'opérateur qui voit les mêmes erreurs se reproduire. Le technicien qui sait exactement pourquoi une procédure ne tient pas dans la réalité. Cette capacité de lecture des dysfonctionnements dans l’opérationnel, c'est une compétence de coordination et d'appui au pilotage que beaucoup d'entreprises cherchent aujourd'hui.
Ces cinq métiers ont un point commun : ils s'appuient sur des compétences qui existent déjà chez beaucoup de gens de terrain. Ils leur donnent juste un nom, un contexte, une projection vers ce dont le monde va avoir besoin.
La question utile n'est pas "est-ce que je pourrais faire ce métier ?" C'est : "qu'est-ce que j'ai déjà qui pourrait m'y mener ?"
C'est exactement le type de question que Mon conseil en évolution professionnelle, Mon CEP, aide à explorer. Gratuitement, en toute confidentialité, avec un conseiller qui connaît les transformations en cours dans les secteurs professionnels. Vous arrivez avec votre parcours tel qu'il est : vos expériences, vos compétences, vos envies floues ou précises. Le conseiller vous aide à voir ce que vous n'avez peut-être pas encore vu dedans.
Le Dico des métiers de demain est disponible sur dicodufutur.org
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